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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 15:09

Il n'est pas si rare de voir des artisans, désireux d'attribuer à leurs pipes une plus value, incruster dans le bois de Bruyère des pierres précieuses, semi-précieuses ou, plus simplement, des cailloux du Rhin. On serait alors en droit de se demander s'il est vraiment raisonnable de consteller un bois bien choisi de tels ajouts au risque de la surcharge. Les motifs de notre essence méditerranéenne sont dejà en soi une source d'admiration sans arrêt renouvelée et les paysages délicats dessinés par ses fibres sont bien suffisants pour nous enchanter. Cette pratique me semble donc difficilement compréhensible.

Il est cependant quelques cas pour les quels le recours aux pierreries sur les pipes en bois est parfaitement excusable. Lorsque la gemme fait sens, qu'elle s'intègre au point de se fondre dans l'objet, quand elle est là pour nous apporter une information plutôt qu'augmenter artificiellement la valeur marchande de la pipe, alors je veux bien jeter un oeil bienveillant sur ces pipes "enrichies".

 
   

Parmi les nombreuses candidates du monde minéral susceptibles d'orner une pipe, il y en a une pour qui j'ai un faible particulier : le rubis.

Sans doute est ce parce que sa couleur chaleureuse se marie à la perfection avec celle de la Bruyère. Sans compter que la pierre des Maharajas sait se faire bien plus discrète que le diamant qui inonde par ses éclats et fait pâlir tout ce qui le côtoie. Pour tout dire, le rubis est une des rares pierres précieuses qui ne met pas la beauté du bois au second rang, à condition, bien sur, d'en faire un usage pertinent.

Les trois exemples qui vont suivre n'ont d'autre ambition que de donner un aperçu de la juxtaposition du rubis et de la Bruyère. Les deux premières démarches (Dunhill et Amorelli) se ressemblent et associent le travail d'orfèvre à celui du pipier alors que le troisième rubis (Ser Jacopo) entre plus modestement dans une approche de l'ordre de la signalétique.

Rubis # 1 : Dunhill

L'oeil rouge du serpent (1) d'argent accentue son coté maléfique

Dans la finition "Dress" des pipes Dunhill, les motifs du bois ne sont plus visibles et la concurrence entre la beauté du bois et celle du rubis n'est plus de mise.

Voir les détails de cette pipe Dunhill ici.

Rubis # 2 : Amorelli. (L'oeil de l'Inca)

Le rubis est incrusté sur un masque de rapace en or qui couvre partiellement un visage humain. Là encore le rubis tient la place de l'oeil et il est accompagné de sept diamants disséminés un peu au hasard des plumes du volatile. On ne perdra pas de vue que Salvatore Amorelli possède une formation d'orfèvre. Cela peut expliquer cette propension à en remettre une couche.

Voir les détails de la pipe Amorelli ici.

Rubis # 3 : Ser Jacopo. (Della Gemma)

Dans ce cas il ne s'agit plus de souligner une décoration de la pipe mais de désigner une série bien spécifique à la marque, les pipes "Dalla Gemma". Emeraude, Grenat, Saphir et Rubis enchâssés sur le tuyau dans un chaton en or caractérisent cette ligne de pipe haut de gamme du pipier transalpin.

Voir les détails de la pipe Ser Jacopo ici.

En somme, les trois pipes dans ce billet s'en sortent plutôt bien. Leurs artisans ont su éviter (pour ces modèles, du moins) les pièges de l'association de deux matériaux nobles : les laisser se confronter mutuellement ou laisser l'un servir de faire-valoir à l'autre. Mais cela n'a pas toujours été le cas chez ... Amorelli.

(1) Apres le serpent en 2005, Dunhill a réalisé sur le même principe des yeux de rubis des pipes ornées d'un dragon (2006) et plus recemment d'un tigre.

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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 12:18
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L'aspect le plus intéressant du couple infernal apparaît en contemplant le postérieur des deux personnages, angle de vue que je vous ai caché jusqu'à présent. On s'aperçoit que la tête des deux gaillards est creuse et qu'il s'agit en fait de la partie émergée de deux pipes fichées dans deux corps.

Il existe nombre de pipes sculptées à l'effigie de monstres, de personnages de légendes ou d'hommes célèbres. Mais jamais l'impression de décapitation ne vient effleurer votre imagination alors qu'ici cela s'impose instantanément. Remarquez à quel point la proximité des corps qui reçoivent les deux pipes engendre cette macabre allusion.

La couleur et la texture du bois ne font pas de doute : il ne s'agit en aucun cas de Bruyère mais plus probablement d'une essence fruitière tel cerisier ou merisier. C'est dire que fumer ces pipes de tailles respectables ne doit pas être très facile. A en croire l'état des fourneaux, elles n'ont pas été utilisées très souvent depuis qu'elles ont quitté les mains du sculpteur, sans doute vers la fin du 19ième siècle.

Inutile de préciser qu'en rangeant ces pipes, il faut prêter grande attention à ne pas se tromper de support. Une étourderie pourrait vous coûter la réprobation de vos amis bien pensants, dévots, bigots ou autres grenouilles de bénitier. Si, en plus de subir les affres de la fumée, il fallait par dessus le marché se signer en entrant chez vous, vous risqueriez de perdre très vite tout ce beau monde.

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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 13:15
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L'épisode précédent laissait un doute quant à l'environnement du porte-pipes épiscopal. Cela sentait le soufre à cents lieux et vos appréhensions étaient tout à fait justifiées car l'immonde tentateur n'était pas bien loin.

Diable et évêque. Bois polychrome. Hauteur : 45 cm environ

Qu'il est vilain avec son oeil lubrique, son énorme pif et surtout sa langue rose, disproportionnée et perverse.

Ses mains sont vides mais on voit bien qu'elles peuvent recevoir quelque outil de fumage en plus de la place réservée à cet effet dans sa hotte.

Il est vrai que l'ensemble est un peu encombrant. Mais j'imagine assez bien ces personnages dont la taille avoisine le demi-mètre, posés dans un coin de votre salon à portée de main de votre fauteuil favori de manière à ce que vous puissiez choisir ou ranger vos pipes sans même lever le regard du bouquin que vous dévorez. Ne croyez pas que cette opération pourrait s'avérer malaisée eu égard à l'accessibilité des différents trous de rangement. Il n'en est absolument rien parce que le fin mot de l'histoire, vous l'ignorez encore.

Le dénouement diabolique de toute cette affaire vous attend au troisième et dernier épisode de ce feuilleton.

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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 01:08
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Ce billet est le premier de trois épisodes d'un petit feuilleton. C'est un genre qui a été quelque peu délaissé ces derniers temps dans ces colonnes. C'est dommage quand on se souvient de l'effervescence qu'avaient suscitée les incroyables aventures autour de la pipe de Tarzan (5 épisodes). Et que dire des "Secrets cachés", ô combien affriolants, d'une none juchée sur une pipe (8 épisodes) qui continuent encore aujourd'hui d'éveiller des phantasmes inavouables ?

Laissez vous donc surprendre cette fois-ci par des rebondissements dans l'affaire d'un porte-pipes peu ordinaire.

N'attendez pas de moi que je vous dévoile d'emblée tout le piquant de la chose. Mais pour commencer on admettra volontiers que l'association illustrée ci-contre ne manque pas d'airs. La mitre et la crosse.

Passons sur la mitre qui ne donne après tout que le rang de notre homme d'église. La crosse quant à elle, est assez inattendue. Cet accessoire n'est il pas traditionnellement le signe du berger, du pasteur qui guide sur le juste chemin son troupeau vers de paisibles pâturages ? Au lieu de cela, notre évêque barbu s'encanaille à l'opium ! Aucun doute n'est permis sur le genre de substance illicite que doit accueillir le petit fourneau de cette pipe en écume de mer.

Non content d'afficher ostensiblement son penchant immodéré pour des plaisirs oniriques, le bougre étale son attachement à ceux de la chair : il serre dans ses mains avides une jeunette tout à fait gironde à la tendre peau laiteuse. Tout cela est proprement scandaleux.

On nage en plein pécher de luxure. A ne pas en douter, cet homme soumet sa raison aux "appétits" et, à l'évidence, cela ne peut être que le fait du Malin. En vous livrant dans le prochain épisode l'intégralité des images dont les deux vues de notre gaillard sont extraites, vous saisirez sans doute mieux ce dont il retourne réellement.

Mais ne voyez vous pas cette ombre noire et menaçante qui se profile dans les parties basses des illustrations ci-dessus ?

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11 novembre 2008 2 11 /11 /novembre /2008 09:57

France Les pipes inclassables sont dorénavant accessibles ici. Merci de mettre vos signets à jour !

United Kingdom All the unclassifiable pipes are now accessible here. Thanks for updating your bookmarks !

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22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 17:27

Je leur dois l'existence même de ce blog. Sans eux, sans leurs clichés, ce site ne pourrait vivre. Il s'agit de toutes ces personnes qui photographient les pipes pour les mettre en vente sur les sites d'enchère en ligne.

Je reconnais maintenant ces vendeurs à la simple vue des images qu'ils publient : chacun possède son style, sa mise en perspective, ses angles de vue. Il est vrai que certains me cause bien du souci en apposant sur chaque cliché un tampon ou un filigrane à leur nom. Mais c'est de bonne grâce que je me prête à l'exercice consistant à faire disparaître ces graffitis du plus mauvais effet dans le cadre de mes articles. Qu'ils me pardonnent. J'ai appris aussi à remédier aux fonds d'image vert pomme ou orange snack-bar qui vous font mal aux yeux, et les quadrillages centimétriques ou les napperons de grand-mère ne résistent pas plus longtemps au lifting.

Les vendeurs qui se donnent de la peine et proposent des images de leurs pipes qui sont nettes, de grandes tailles et en nombre, ne sont pas légion. Une douzaine d'artistes tous pays confondus poussent leurs présentations jusqu'à montrer systématiquement leurs pipes sous des angles immuables ce qui permet de retrouver régulièrement, au même endroit, le détail de la pipe qui vous intéresse : toujours deux photos pour montrer les deux faces de la lentille, deux autres pour mettre en exergue les marquages sur les cotés gauche et droit de la pipe, automatiquement une photo du logo, s'il existe. La sixième photo dans les annonces d'untel correspond régulièrement à une vue de dessous. Certains commencent toujours leurs séries avec un gros plan sur le fourneau, d'autres ne dérogent jamais à l'habitude de montrer une vue globale de la pipe à vendre.

Tout cela crée une identité du vendeur qui, malheureusement, ne remplace pas ce qui donnerait un réel éclairage de sa personne : son portrait. Quoique...

Une pipe bien cirée, bien lustrée, peut renvoyer l'image de celui qui la photographie et on a parfois accès ainsi à l'envers du miroir. Certains vendeurs se doutent-ils qu'ils sont sur les traces de Jan van Eyck ?

Jan van Eyck, Les époux Arnolfini (1434)
Panneau de bois 82 × 60 cm

Le peintre avait installé derrière le couple un miroir grand angle renvoyant l'image de l'artiste face à sa toile, sur laquelle il a peint le miroir renvoyant l'image de l'artiste face à sa toile... Les boucles d'oreilles de "La vache qui rit" avant l'heure, une mise en abyme.

J'ai souvent essayé de discerner dans ces reflets tordus, torturés par les courbures de la pipe, quelque information sur l'origine de ces illustrations qui font le coeur de mes articles. Une manière de passer derrière l'écran en quelque sorte et sûrement aussi l'expression d'une frustration à ne pas pouvoir communiquer directement avec mes généreux bienfaiteurs. Las, on n'y discerne la plupart du temps qu'ampoules, néons, fenêtres ou encore le bout d'un objectif.

Et puis, parfois on voit cela :

Ce gars-là (mkelaw, USA) sait lustrer ses tuyaux de pipe ! On pourrait s'y raser.

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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 23:01
 
Deux années de blog. Deux années de bizarreries pipières et on n'en voit pas le bout.

En relisant l'article publié sous cette bannière à l'occasion du premier anniversaire de ce blog, je mesure le chemin parcouru.

L'année écoulée a vue l'ouverture d'un site pour laisser place à la recension des logos de pipe trop à l'étroit sur un blog. Cela a été un travail de transposition ardu. Il fallait déménager au plus vite et passer du domaine pipephil.com à pipephil.eu.

Maintenant que c'est réalisé, je peux bien le confier : cette histoire m'a vraiment pris la tête au point où je n'ai pas pu m'empêcher d'y travailler au mois de Mai 2007, lors d'un déplacement professionnel en Egypte. Lorsque, le soleil accablant de Luxor étant au plus haut, et que le moment du repos était arrivé, la sieste sous les palmiers qui bordent la piscine du Old Winter Palace, s'est transformée plus d'une fois en bidouillage informatique. Faut-il être accro !

Toujours est-il que le site fonctionne bien et recevra prochainement les chapitres du blog qui déroulent les thèmes les plus aboutis. Ce sera l'occasion de trouver une mise en page et une navigation plus confortable, d'une tentative pour essayer de corriger les fautes d'orthographe et de style, sans oublier l'amélioration et l'enrichissement des ressources graphiques dans les articles.

Pour ce qui est de la qualité de la prose, elle ne s'est guerre améliorée. De ce coté là, ça plafonne. Mais le rythme de publication qui était névrotique la première année est maintenant plus compatible avec une vie normale. Ouf ! Fort heureusement, cette cadence plus raisonnable n'a pas modifié votre assiduité, bien au contraire.

Recevez mes remerciements chaleureux pour cette fidélité. Je pense en particulier à ce visiteur assidu qui se connecte depuis plus d'un an et demi de Wichita (Kansas USA). Oui, il y a des pipophiles francophiles dans le middle-west.

Enfin mes remerciements vont aussi à ceux qui ont la gentillesse d'annoncer mes articles sur les deux forums francophones ("Fumeur de Pipes" et "Pipes et Tabacs"). Merci à Guillaume, à Nicolas, à JiP et tous ceux qui aident à faire vivre en ces temps difficiles des lieux de convivialité autour de la pipe.

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2 novembre 2007 5 02 /11 /novembre /2007 00:25
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Série : Pipes à insert

Sous titre : "Vous saurez tout sur le zigouigoui"

"La technique et la science ont réussi, après des recherches de plusieurs années, à créer une pipe vraiment saine : la Pipe Buttner."

C'est ainsi que débute le texte sur l'affichette ci-dessous ! (et dont la version intégrale est accessible ici. A lire absolument)

Nous sommes au début des années 60. Les usines de St Claude (France) tournent à plein régime et produisent des pipes qui inondent toutes les civettes du monde occidental.

La nouvelle invention, sortie tout droit d'un laboratoire jusque là inconnu, va-t-elle révolutionner ce marché en pleine expansion ? La rigueur scientifique et les techniques de pointe prendront-elles le pas sur des savoir-faire obscurs, empiriques, transmis oralement d'une génération à l'autre ?

Un produit né de l'intelligence des hommes en blouse blanche pourra-t-il faire trembler le ronronnement de la fourmilière en bleu de travail ? Pensez donc ! Buttner propose une pipe toujours sèche, toujours propre, une pipe qui remplace toutes celles que vous avez déjà et, qui plus est, une pipe SAINE : la belle affaire ! Sans compter le recours à des matériaux tels bakélite ou céramiques qui risqueraient de ruiner une économie fondée sur le bois.

Hélas, le traumatisme qui suivit l'explosion de cette bombe technologique a laissé à St Claude des cicatrices qui ne se sont jamais vraiment refermées. Sur le coup, ce fut le branle bas de combat. L'idée de filtrer, d'assécher, d'hygiéniser la pipe fit son chemin comme une traînée de poudre dans la cité pipière. Il fallait chercher la parade technologique. Le génie San claudien aidant, on trouva très vite une réponse à la hauteur de la réputation des Ropp, Butz Choquin et autres Chacom : c'est ainsi, Mesdames et Messieurs, qu'est né le zigouigoui (1) qui garni les pipes françaises depuis cette période troublée. (Illustrations de différents modèles de zigouigoui )

Il faut bien vous rendre compte que le choc psychologique a été d'une telle ampleur, qu'aujourd'hui encore rares sont les fabricants français qui oseraient avancer l'idée de supprimer l'appendice métallique alors que son efficacité s'est avérée plus que douteuse. Ces événements qu'on évoque rarement parmi les pipiers, ont ouvert la porte à l'irrationnel et le zigouigoui est devenu une sorte de gri-gri indispensable pour conjurer le mauvais sort.

Que cela ne vous empêche pas d'admirer cette pipe à insert, fleuron de la technologie pipière alsacienne (Buttner, St-Louis, 68).

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(1) zigouigoui : le dispositif est parfois aussi appelé pudiquement "système" .

En anglais, le zigouigoui se nomme "stinger" du nom du tristement célèbre missile. A ne pas confondre avec le terme allemand "stinker" (litt. "Celui qui pue") désignant un individu malpropre qui dégage une odeur infecte. Quoique ....

Le document à caractère historique ci-dessus m'a été transmis par Jean Max. Qu'il en soit remercié.

La pipe BUTTNER a été brevetée en France, en Allemagne et en Grande Bretagne. Voir les trois modèles ici .

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18 septembre 2007 2 18 /09 /septembre /2007 08:36
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Série : Pipes à insert

Dans le genre "grains de beauté" délectez-vous ici d'une autre facétie de Tonni Nielsen. Décidément, on pourrait penser qu'il a jeté son dévolu sur ses modèles de pipe à insert pour expérimenter différents types de rapiéçages. Celle-ci, qui est dans le plus pur style Calabash, lui donne une fois de plus prétexte à combler un accident de texture.

Vue d'ensemble de la pipe à insert de forme Calabash

On peut se rendre compte dans l'article "Rustine" de la manière dont il s'y prend en ayant recours à une fine cheville en bois de Bruyère. Mais cette fois-ci l'imperfection ne se trouve plus dans le corps de la pipe, mais dans une zone on ne peut plus exposée aux regards.

La pipe démontée

Vous l'avez repéré du premier coup d'oeil : le patch se trouve sur le bord supérieur de l'insert lui-même.

Gros plan sur le dessus de l'insert montrant la rapieçage d'ivoire

Nielsen joue la provocation. Il décide d'incruster un morceau d'ivoire à l'endroit défaillant. Quand je vous disais qu'il ne cache pas ses rustines....

Passe pour l'ivoire, mais cette forme qui s'adapte sans doute exactement à la lacune, est particulièrement banale : c'est un triangle quelconque qui n'a jamais aussi bien mérité son nom. Et j'ose espérer que ce pipier de renom n'a pas pensé un seul instant que son clin d'oeil pourrait trouver l'assentiment du fumeur sous prétexte d'utiliser une matière précieuse. Son ivoire présenté ainsi, ressemble bel et bien à du plâtre. Cela n'a ni queue ni tête, vous en conviendrez. Quitte à exhiber ostensiblement l'imperfection, il y avait sûrement mieux à faire.

Etant donné ses origines nordiques, n'aurait-il pas eu, là, l'occasion d'insérer quelque rune mystérieuse ? Il y avait l'opportunité de mettre en scène cette superbe écriture à l'instar des Vikings, ses ancêtres, qui marquaient ainsi leurs armes d'incantations magiques.

As t il oublié Angurva, l'épée de Frithjof ? As t il oublié Wayland, le forgeron d'Odin ?

Même si ma suggestion peut être discutable d'un point de vue purement pipologique (1), avouez tout de même qu'elle aurait souligné la spécificité de cet artisan de manière bien plus élégante que ne le fait ce confetti insignifiant.

Décidément voilà bien une idée originale qui n'a pas été poussée assez loin. Pour ma part je trouve le résultat assez décevant alors qu'il en fallait si peu pour réussir un beau coup.

Nomenclature   Dimensions  
Valeur
       
 
(Drakkar)
(Une étoile)
Handcrafted by Tonni Nielsen
  Long : 15,2 cm
Ø int. foyer : 2,0 cm
Poids : 96 g
 
1.270,00 €
(Estate)

 

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(1) Pipologie : Néologisme désignant littéralement la science de la pipe. Le suffixe -logie est utilisé ici abusivement. Il ne peut, par exemple, y avoir de véritable démarche expérimentale dans le domaine si subjectif de la pipe. Dans le cas qui nous interesse le suffixe désignerait plutôt un ensemble de textes supposés faire référence et qui se veulent forts savants. Tout au plus pourrait-on associer la "pipologie" à l'art de la pipe. Cette note s'imposait donc pour souligner la connotation ironique du terme.

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26 août 2007 7 26 /08 /août /2007 21:51
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Série : Pipes à insert

Encore une pipe à insert de Tonni Nielsen dans cette série des pipes démontables, cela n'est-il pas donner une importance exagérée à ce Viking exilé aux Etats-Unis ? Il faut savoir que cette pipe correspond à la période "classique" du pipier, période qu'il a dépassée aujourd'hui. Une des différences entre un excellent artisan et un artiste est que le second ne se contente pas d'exploiter un "truc", de décliner jusqu'a son épuisement une trouvaille, mais de chercher et d'innover sans arrêt. Dans un autre article de ce chapitre j'ai montré comment Tonni Nilesen fait usage d'essences végétales jamais vues sur une pipe. Dans cet article je tenterai de montrer comment son imagination et sa représentation de ce que devrait être un pipe, est à l'oeuvre.

Vue globale de la pipe à insert

Détail gauche et droit de la tête

Rassurez-vous, je ne m'étendrai pas plus que cela sur le talon qui fait de cette pipe à insert la seule pipe de ce type possédant l'appendice. Cette petite excroissance qui était jadis l'apanage des pipes en terre, donnait au fumeur une prise pour lui éviter de se brûler les doigts. Dans le cas d'une pipe à insert dont l'enveloppe extérieure reste relativement tiède, l'utilité de cet accessoire est anecdotique. Mais il est indéniable qu'ici ce talon accroche le regard et cela d'autant plus que le pipier l'a placé exactement à la convergence des veines dans la Bruyère. Un nombril.

En y regardant de plus près, on s'aperçoit d'autres éléments tout à fait remarquables. Le tuyau, par exemple, semble être en ambre.

Tuyau en ambre reconstitué

En fait, il s'agit d'une matière reconstituée à base de poudre d'ambre et d'un polymère acrylique, fondus ensemble et refroidi sous forme de blocs. Ce bloc est ensuite taillé à la main pour obtenir un tuyau qui mesure ici 16 cm. Il faut savoir que cette matière est relativement difficile à travailler, et arriver à une telle dimension est une véritable prouesse.

Mais vous n'êtes pas au bout de vos surprises. Jetez un oeil sur l'insert. Avez vous noté le détail qui tue ?

Vue détaillée de l'insert

Non, il ne s'agit pas du drôle de petit téton qui marque le perçage. La chose est bien plus exceptionnelle : il n'y a pas de joint d'étanchéité entre l'insert et le corps de la pipe, pas de liège, pas de joint torique. Tout juste un profil en escalier qui optimise les zones de contact. Inutile de dire que cela demande un travail d'une rare précision.

Je vous ai réservé le meilleur pour la fin : le rapiéçage !

la rustine

Lorsqu'on entreprend de réaliser une pipe dans un ébauchon on ne peut savoir ce qui se cache dans la masse du bois. La racine de Bruyère (le broussin) est une matière hétérogène qui peut cacher des inclusions de sable, des poches d'air, des fissures ou des imperfections que le pipier découvre parfois au dernier moment, pour son grand malheur. Je décris dans l'article intitulé "Autodafé" ce qui peut se passer dans ces cas là. Ce qu'a fait Tonni Nielsen n'y est pas reporté. Le recours au "patch" témoigne à la fois de son pragmatisme et d'une posture peu banale en comparaison d'une recherche hystérique de la perfection chez les altigradistes (1).

En ce qui me concerne j'ai toujours estimé qu'une petite imperfection n'est pas rédhibitoire. Tant que sa taille et sa position ne nuisent pas aux qualités de fumage de la pipe j'accepte volontiers ces caprices de dame nature. Il en est des pipes comme des êtres humains. Quoi de plus ennuyeux qu'une Vénus parfaite, quoi de plus troublant qu'un grain de beauté sur une paire de fesse ?

Notez bien que la rustine est disposée de manière à être vue. Notre artiste aurait pu choisir un morceau de bois qui se confonde au mieux avec le grain du fourneau, il aurait pu l'orienter selon le mouvement général du veinage. Rien de tout cela. Il décale la retouche pour la mettre en valeur.

Inutile de préciser que ce patch est en surface et qu'en aucun cas la pièce ne traverse l'épaisseur de la paroi. Dernière remarque, enfin. Cette pratique aurait été bien plus délicate sur une pipe conventionnelle dont le bois du foyer est en contact direct avec la source de chaleur. Ici, le corps de la pipe n'est après tout qu'un containeur pour l'insert et il est en cela bien moins soumis aux grandes variations de température.

Vues sur l'avant et l'arrière du fourneau

Gros plan sur l'estampillage au Drakkar

Après ces quelques considération, vous conviendrez que je ne pouvais pas faire l'économie de mentionner une pipe dont la véritable originalité ne réside pas, comme on pourrait le croire de prime abord, dans un insert ou dans son talon mais bel et bien dans des recoins très discrets.

Nomenclature   Dimensions  
Valeur
       
 
(Drakkar)
(Une étoile)
Handcrafted by Tonni Nielsen
 

Long : 24,3 cm
Ø int. foyer : 2,2 cm
Haut fourneau : 7,6 cm
Poids : 125 g

 
389,00 €
(Estate)

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(1) Altigradistes : néologisme désignant une classe de fumeurs de pipe qui portent leur intérêt essentiellement sur les pipes hight grade (haut de gamme), faites entièrement à la main dans une Bruyère exceptionnelle.

Autres pipes de Tonni Nielsen sur ce site :
Cornouiller et Myrte
Le beau Viking

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