Cher lecteur, tout en découvrant cette pipe vous vous posez sans doute quelques questions.
N'en croyant pas vos yeux vous allez, tout comme moi, inspecter cet objet insolite sous ses différents angles.
Cette forme érigée, cette turgescence suggestive ....
Pris subrepticement d'un doute, vous tournez et retournez la question, vous faites appel à votre imaginaire pour trouver des solutions alternatives à celle qui s'impose d'emblée.
Rien n'y fait. On revient toujours à la même première impression : cette tête de pipe possède indubitablement la forme d'un Basidiomycète, je veux dire celle d'un champignon.
Le doute n'est pas permis, cet artisan italien met en scène quelque Phallus impudicus (Morille du diable) à moins qu'il ne s'agisse d'un simple Boletus satana (Bolet Satan). On pourra s'étonner de la démarche qui consiste à chercher l'inspiration au fin fond du monde végétal alors qu'il y a tellement de sources ... sous nos yeux.
L'annonce qui vantait cette pipe sur un site d'enchères en ligne nord-américain, suggérait sérieusement et avec insistance l'unique ressemblance avec un champignon ! Ah, la pudibonderie ...
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Valeur
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B. Baldi |
Long : 17,3 cm Haut : 5,7 cm Ø int. foyer : 2,1 cm |
Non connue
(Neuve) |
Dans le paysage cinématographique de la côte ouest des USA, les dirigeants chez Walt Disney ont empoigné plus fort que les autres le flambeau de la lutte anti-tabac. En allant jusqu'à prendre la décision en Juillet 2007 de ne plus montrer de scènes liées à la consommation de tabac, elle est devenue le grand Tartuffe du nouveau continent.
Ah la belle affaire, quand on se souvient du porte cigarette de Cruella, de Peter Pan partageant le Calumet de la paix, et surtout de ce passage dans "Alice au pays des merveilles" où la chenille articule ses conseils par des ronds de fumée. Superbe.
Copyright Walt Disney Productions
"Cachez ce sein que je ne saurais voir !" et on transforme le petit débit de tabac dans Main Street à Disneyland en magasin de disque.
A gauche en 1987, à droite maintenant
On sait moins que Walt Disney est allé jusqu'à produire des pipes à l'effigie de Mickey (1) appelant à la rescousse les pipiers sanclaudiens comme Ropp par exemple.
Les studios californiens du dessin animé sont aussi allés à Gouda commanditer des pipes à la célèbre fabrique de porcelaine hollandaise Goedewaagen.
Et lors de la sortie de Davy Crockett on savait déjà mettre en oeuvre les goodies sous la forme de calumets dont les parents se faisaient une joie d'offrir à leurs bambins.
La nouvelle politique mise en place par Robert Igert, P.D.G de Disney, est pour le moins incohérente car il reste encore dans sa production nombre de recoins pas très catholiques : il serait grand temps de supprimer certaines scènes de Pinocchio qui, par leur drôlerie, encouragent nos chères têtes blondes à mentir, de censurer Robin des Bois qui les poussent à détrousser les passants ou d'édulcorer Belle et le Clochard susceptible d'accentuer les problèmes de surpoids des djeuns par la consommation intempestive de pâtes.
Allez, encore un effort et on arrivera bien à montrer aux gamins un monde bien propre, bien gentil et comme il faut. Plus dur sera le réveil.
(1) voir en détail les logos sur les pipes Walt Disney
Grand merci à Robert D., ancien de chez Disney, qui a bien voulu me transmettre les images des pipes Goedewaagen et Davy Crockett.
Je leur dois l'existence même de ce blog. Sans eux, sans leurs clichés, ce site ne pourrait vivre. Il s'agit de toutes ces personnes qui photographient les pipes pour les mettre en vente sur les sites d'enchère en ligne.
Je reconnais maintenant ces vendeurs à la simple vue des images qu'ils publient : chacun possède son style, sa mise en perspective, ses angles de vue. Il est vrai que certains me cause bien du souci en apposant sur chaque cliché un tampon ou un filigrane à leur nom. Mais c'est de bonne grâce que je me prête à l'exercice consistant à faire disparaître ces graffitis du plus mauvais effet dans le cadre de mes articles. Qu'ils me pardonnent. J'ai appris aussi à remédier aux fonds d'image vert pomme ou orange snack-bar qui vous font mal aux yeux, et les quadrillages centimétriques ou les napperons de grand-mère ne résistent pas plus longtemps au lifting.
Les vendeurs qui se donnent de la peine et proposent des images de leurs pipes qui sont nettes, de grandes tailles et en nombre, ne sont pas légion. Une douzaine d'artistes tous pays confondus poussent leurs présentations jusqu'à montrer systématiquement leurs pipes sous des angles immuables ce qui permet de retrouver régulièrement, au même endroit, le détail de la pipe qui vous intéresse : toujours deux photos pour montrer les deux faces de la lentille, deux autres pour mettre en exergue les marquages sur les cotés gauche et droit de la pipe, automatiquement une photo du logo, s'il existe. La sixième photo dans les annonces d'untel correspond régulièrement à une vue de dessous. Certains commencent toujours leurs séries avec un gros plan sur le fourneau, d'autres ne dérogent jamais à l'habitude de montrer une vue globale de la pipe à vendre.
Tout cela crée une identité du vendeur qui, malheureusement, ne remplace pas ce qui donnerait un réel éclairage de sa personne : son portrait. Quoique...
Une pipe bien cirée, bien lustrée, peut renvoyer l'image de celui qui la photographie et on a parfois accès ainsi à l'envers du miroir. Certains vendeurs se doutent-ils qu'ils sont sur les traces de Jan van Eyck ?
Jan van Eyck, Les époux Arnolfini (1434)
Panneau de bois 82 × 60 cm
Le peintre avait installé derrière le couple un miroir grand angle renvoyant l'image de l'artiste face à sa toile, sur laquelle il a peint le miroir renvoyant l'image de l'artiste face à sa toile... Les boucles d'oreilles de "La vache qui rit" avant l'heure, une mise en abyme.
J'ai souvent essayé de discerner dans ces reflets tordus, torturés par les courbures de la pipe, quelque information sur l'origine de ces illustrations qui font le coeur de mes articles. Une manière de passer derrière l'écran en quelque sorte et sûrement aussi l'expression d'une frustration à ne pas pouvoir communiquer directement avec mes généreux bienfaiteurs. Las, on n'y discerne la plupart du temps qu'ampoules, néons, fenêtres ou encore le bout d'un objectif.
Et puis, parfois on voit cela :
Ce gars-là (
mkelaw, USA) sait lustrer ses tuyaux de pipe ! On pourrait s'y raser.
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S'il fallait illustrer en matière de pipes l'adage qui dit qu'innover c'est faire du nouveau avec du vieux, c'est assurément cette pipe de Paolo Becker
qui aurait ma préférence.
Pour bien comprendre ce dont il retourne ici, il faut revenir un siècle en arrière, au début de l'histoire de la marque Dunhill
. A ce propos on relira avec intérêt l'article paru sous ce même chapitre et
qui narre les origines des pipes à pare-vent dédiées à ceux qu'Alfred Dunhill se plaisait à appeler les "open air motorist pipes ".
L'initiative du pipier italien est remarquable parce qu'il a su adapter cette idée maintenant centenaire, à son style personnel et créer une pipe très contemporaine dont la finition est exceptionnelle. Tout cela est indubitablement le signe d'une personne de caractère qui possède l'assurance d'un pipier d'expérience. Paolo Becker (1) se réclame de l'école des pipiers néo-classiques et cette pipe est une assez bonne illustration de ce courant caractérisé par son réalisme.
Je suis enchanté de présenter une pipe qui, quoique originale par l'adjonction de ce pare-vent, reste néanmoins loin des tendances affligeantes incarnées par les pipes-sculpture et autres pipes-cobra, pipes-gasteropode bavantes ou pipes-Ramses à 60g que produisent actuellement certains pipiers en mal d'inspiration.
Entendons nous bien : ces tendances contemporaines me semblent malheureuses du point de vue du fumeur que je suis, alors que pour l'amateur d'objets incongrus que j'essaye d'être, elles sont un régal.
| Nomenclature | Dimensions |
Valeur
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Becker Hand Made in Italy 06 (3 trèfles) |
Long : 12,2 cm |
173,80 € |
(1)Le père de Paolo, Fritz Becker, était artiste, homme politique, intellectuel et... artisan pipier. Il s'est établi en Italie après avoir du quitter Vienne (Autriche), le berceau de la famille, suite aux persécutions dont les juifs furent l'objet dans les années 30.
Voir aussi :
Le paravent d'Alfred #1
Le paravent d'Alfred #2




